La ventilation en PPC (« la PPC » en version courte) est considérée comme le traitement de référence de l’apnée obstructive du sommeil – mais qu’est-ce-qui se cache derrière cet acronyme exactement ? Dans cet article, nous vous expliquons comment la ventilation en PPC fonctionne, de quoi est composé un système de PPC complet, ce à quoi vous devriez porter attention au quotidien et quelles autres options thérapeutiques existent.
Comment fonctionne la ventilation en PPC ?
Pendant le sommeil, les muscles de la région de la gorge se relâchent. Lorsqu’on souffre d’apnée obstructive du sommeil, la langue ou les tissus mous environnant la gorge peuvent s’affaisser dans la gorge et obstruer, partiellement voire complètement, les voies respiratoires. On assiste alors à des interruptions de la respiration, plus ou moins longues, mais toujours nocives.
Le traitement par ventilation en PPC (pression positive continue) vise à empêcher ces interruptions de la respiration. L’appareil de PPC produit un flux d’air continu, en légère surpression, insufflé dans les voies respiratoires par l’intermédiaire d’un masque. Cette surpression permet de maintenir les voies respiratoires ouvertes à tout moment, un peu comme on gonfle un ballon de baudruche. Les interruptions de la respiration se raréfient, voire disparaissent complètement dans le meilleur des cas. Très efficace, la ventilation en PPC est considérée depuis des années comme le traitement de référence de l’apnée obstructive du sommeil.
Un système de ventilation en PPC typique comprend trois éléments principaux :
- l’appareil de PPC – la pompe qui produit le flux d’air en surpression ;
- le tuyau (ou circuit) qui relie l’appareil au masque ;
- le masque par l’intermédiaire duquel l’air en surpression est insufflé dans les voies respiratoires.
Important : aussi efficace le traitement par ventilation en PPC soit-il, il ne guérit pas l’apnée du sommeil, mais agit contre ses symptômes uniquement. Le traitement ne fera pas disparaître l’apnée du sommeil et il faudra le suivre chaque nuit.
PC, PPC autopilotée ou PPC à deux niveaux de pression – les trois technologies en bref
1. PPC (pression positive continue) ou CPAP en anglais (Continuous Positive Airway Pressure) :
La pression de ventilation est constante et réglée au préalable. C’est simple, mais peut-être trop simple, car les interruptions de la respiration ne surviennent pas de manière régulière et uniforme. La pression est constante tout au long de la nuit et ne prend pas en compte les variations de la fréquence des interruptions de la respiration au cours de la nuit. C’est un inconvénient notable de ce type d’appareils qui délivrent parfois trop peu de pression, parfois trop, avec une incidence importante sur l’efficacité du traitement et le confort du patient.

2. PPC autopilotée ou APAP en anglais (Automatic Positive Airway Pressure) :
Ces appareils ajustent la pression délivrée aux besoins du patient – en fonction d’indicateurs comme les schémas de respiration identifiés, la résistance et la présence ou l’absence d’interruptions de la respiration. Beaucoup de patients trouvent la PPC autopilotée plus confortable, puisque la pression n’est pas constante, mais varie entre une valeur minimale et une valeur maximale pour s’adapter à la situation et aux besoins du patient.

3. PPC à deux niveaux de pression ou BiPAP (Bilevel Positive Airway Pressure) :
Avec ces appareils, deux niveaux de pression sont délivrés : une pression plus importante pour l’inspiration et moindre pour l’expiration. Cette caractéristique rend la respiration beaucoup plus agréable – particulièrement lorsqu’un niveau de pression élevé est nécessaire pour obtenir l’effet thérapeutique attendu, en cas de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) ou d’apnée centrale du sommeil. Toutefois, les appareils de PPC à deux niveaux de pression sont souvent nettement plus onéreux que les appareils de PPC classique et de PPC autopilotée.

Il est à noter que dans l’usage courant, le terme « PPC » est souvent utilisé pour désigner les trois technologies, pourtant fondamentalement différentes. Par ailleurs, les appareils de PPC autopilotée modernes peuvent être réglés – par le médecin ou le technicien du sommeil – pour fonctionner en mode classique (pression constante) ou en mode autopiloté. On a donc deux technologies distinctes dans le même appareil.
Les principales fonctionnalités des appareils de PPC modernes
Les fabricants comme ResMed, Philips et Löwenstein proposent des appareils de PPC (classique ou autopilotée) compacts, légers et silencieux. Le niveau sonore des appareils est en moyenne de 33 à 37 décibels. Pour comparaison : le niveau de puissance acoustique d’un ventilateur d’ordinateur de bureau moderne fonctionnant à bas régime est de 25 à 40 décibels, celui d’un réfrigérateur moderne de 30 à 45 décibels.
La plupart des appareils de PPC disposent de 5 fonctionnalités pratiques, qui jouent toutes un rôle dans l’efficacité du traitement et le confort du patient et auxquelles le patient a accès lui-même.
- Test du masque : permet de vérifier que le masque tient bien en place et que l’étanchéité est assurée. L’appareil insuffle de l’air avec une pression élevée pendant un court moment pour détecter d’éventuelles fuites.
- Fonction rampe : la pression de ventilation augmente progressivement pendant l’endormissement avant d’atteindre la valeur cible, pendant une période réglée au préalable et généralement comprise entre 30 et 45 minutes. Cette fonction a pour but de faciliter l’endormissement. Le temps de rampe et le niveau de pression de départ sont réglables pour chaque patient individuellement.
- L’humidification : un humidificateur augmente artificiellement le degré d’humidité de l’air pour prévenir l’assèchement des muqueuses du nez et de la gorge. Cette fonction est intégrée de série dans certains appareils comme le DreamStation 2 de Philips ; avec d’autres appareils, il est nécessaire d’acquérir un humidificateur séparément. L’humidificateur est composé d’un réservoir d’eau et d’une plaque en métal qui chauffe l’eau pour la faire s’évaporer et, ainsi, humidifier l’air qui le traverse avant d’atteindre le masque.
- Réduction de la pression à l’expiration : facilite l’expiration grâce à une légère baisse de la pression de ventilation pendant l’expiration. Cette baisse de la pression n’est cependant pas aussi importante qu’avec les appareils à deux niveaux de pression (BiPAP). Cette fonctionnalité destinée à soulager les patients pendant l’expiration est désignée différemment selon le fabricant ; par exemple, chez Philips on parle de Flex, chez ResMed de EPR.
- Rapports et applications : permettent de visualiser les résultats obtenus grâce au traitement et proposent des pistes pour améliorer l’efficacité du traitement. Outre la fonctionnalité permettant de générer des rapports sur l’appareil lui-même, certains fabricants proposent également des applications qui accompagnent les patients avec des conseils et des tutoriels. Ces rapports et applications ont pour but d’augmenter l’efficacité du traitement et de promouvoir l’observance thérapeutique.
Le tuyau – chauffant ou non chauffant ?
Les tuyaux de PPC (aussi appelés circuits) mesurent généralement 1,80 mètre de longueur et comportent un manchon de raccordement en caoutchouc normé (22 mm de diamètre extérieur, 19 mm de diamètre intérieur) à chacune de leurs extrémités. Le tuyau à proprement parler (la partie comprise entre les deux manchons) est disponible en deux versions standard, de 15 ou 19 mm de diamètre intérieur.
À noter : les tuyaux dotés d’un diamètre intérieur de 15 mm, plus souples, sont de plus en plus utilisés.
Il existe deux types de tuyaux de PPC :
- les tuyaux non chauffants, c’est la version qui est livrée d’origine ;
- les tuyaux chauffants qui comportent un fil résistif destiné à chauffer l’air circulant dans le tuyau (à 25-30 °C) pour prévenir la formation de condensation et rendre l’air plus agréable à respirer.
Le masque de PPC – un élément décisif pour le confort du patient et l’efficacité du traitement
Le masque, c’est l’interface entre l’appareil et le corps du patient, sans doute l’élément le plus critique de l’équipement de PPC : il doit tenir bien en place et assurer l’étanchéité tout en étant parfaitement confortable à porter. On distingue les masques nasaux (au sens large) et les masques bucco-nasaux (aussi appelés masques faciaux).
1. Les masques nasaux (au sens large)
En première intention, on recommande d’utiliser un masque nasal ou narinaire pour le traitement par ventilation en PPC. Ces masques sont utilisés par la plupart des patients et offrent trois avantages notables par rapport aux masques bucco-nasaux : une surface de contact réduite (donc moins d’irritations cutanées), un sentiment d’oppression moindre (la bouche reste dégagée) et moins de fuites.
Les masques nasaux au sens large se divisent en trois sous-catégories.
- Les masques nasaux classiques qui comportent une bulle (aussi appelée « coussin de masque ») de forme triangulaire couvrant le nez de son arête à la lèvre supérieure. Certains modèles sont munis d’un bras d’appui frontal (par exemple le masque ResMed Mirage FX), alors que les modèles les plus récents s’en passent totalement (par exemple le masque ResMed AirFit N20).
- Les masques narinaires comportent de petits embouts semblables à des bouchons d’oreille et destinés à être introduits dans les narines pour y assurer l’étanchéité de l’intérieur (par exemple le masque ResMed AirFit P10).
- Les masques à contact minimal ne comportent pas d’embouts à insérer dans les narines, mais une bulle plate à placer sous le nez et qui recouvre les narines par le bas. L’air ventilé est conduit à la bulle de manière classique par le bas (par exemple avec le masque ResMed AirFit N30) ou par le haut par l’intermédiaire du cadre de masque (comme avec le masque nasal Philips Respironics DreamWear).
2. Les masques bucco-nasaux
Ces masques sont utilisés lorsque les patients respirent par la bouche en dormant. Comme ils recouvrent la bouche également contrairement aux masques nasaux, ils garantissent que la surpression nécessaire au traitement est maintenue dans les voies respiratoires, même lorsque la bouche est ouverte. Ils sont également utilisés par les patients qui souffrent de congestion nasale chronique et par ceux qui nécessitent une pression de ventilation très élevée.
Les masques bucco-nasaux se divisent en deux sous-catégories.
- Les masques bucco-nasaux classiques comportent une bulle de forme triangulaire qui repose sur l’arête du nez (par exemple le masque AirFit F20). Ils sont souvent dotés d’un bras d’appui frontal (par exemple le masqe F&P Simplus) et sont particulièrement indiqués lorsque le patient a un sommeil très agité car ils tiennent très bien en place.
- Les masques modernes, à surface de contact réduite, ne reposent pas sur l’arête du nez (exemple : le masque AirFit F40). Ils sont recommandés aux patients dont la peau est particulièrement sensible, qui ont des tendances claustrophobes ou qui dorment volontiers en position allongée sur le côté.
Quelles options thérapeutiques pour remplacer la ventilation en PPC ?
Nous l’avons vu, la ventilation en PPC est très efficace, mais certains patients la tolèrent moins que d’autres. Ainsi, de nombreux patients n’arrivent pas à s’habituer au masque. Une étude réalisée en Grèce en 2024 est parvenue à la conclusion que le taux d’abandon du traitement est de l’ordre de 40 % au bout d’une année.
De nombreuses options thérapeutiques susceptibles de se substituer à la ventilation en PPC se sont imposées ces dernières années. Il s’agit entre autres de :
1. Les orthèses d’avancée mandibulaire (OAM)
Également connus sous l’appellation « orthèses anti-ronflement », ces dispositifs maintiennent la mâchoire inférieure (et la base de la langue) en position légèrement avancée pendant le sommeil pour que les voies respiratoires restent dégagées. En France, l’efficacité de ce traitement est reconnue officiellement par les autorités sanitaires et le remboursement par la Sécurité sociale est possible sous certaines conditions.
2. La thérapie positionnelle
La thérapie positionnelle est indiquée en cas d’apnée obstructive du sommeil dite positionnelle, c’est-à-dire lorsque les interruptions de la respiration surviennent principalement en position allongée sur le dos. On distingue la thérapie positionnelle passive et la thérapie positionnelle active. Dans le cadre de la première, on crée une entrave mécanique rendant le sommeil en position allongée sur le dos inconfortable ou impossible (exemple : le tee-shirt somnipax shirt). La seconde est fondée sur l’entraînement et le changement des habitudes de sommeil (exemple : la ceinture somnipax belt). Dans les deux cas, on incite le patient à adopter une position de sommeil qui empêche la base de la langue de s’affaisser dans le pharynx. Validée par de nombreuses études, cette méthode est reconnue scientifiquement.
3. La stimulation du nerf hypoglosse / stimulation des voies respiratoires supérieures (HGNS ou UAS en anglais)
Il s’agit ici d’implanter un dispositif qui stimule le nerf contrôlant la langue pour éviter qu’elle ne s’affaisse dans la gorge pendant le sommeil. L’appareil enregistre le rythme de la respiration et envoie, à chaque inspiration, de légères impulsions électriques au nerf par l’intermédiaire d’une électrode. L’efficacité de cette méthode est désormais bien documentée, particulièrement chez les patients souffrant d’apnée modérée à sévère qui ne tolèrent pas la ventilation en PPC. Contrairement aux autres traitements, les contraintes quotidiennes liées à celui-ci sont minimales.
Conclusion
La ventilation en PPC est le traitement de référence de l’apnée obstructive du sommeil. Elle est extrêmement efficace – à condition que le masque de PPC soit adapté au patient, que l’appareil soit réglé adéquatement et que le niveau de confort du patient soit suffisant. Les appareils modernes, de nouveaux masques à la conception innovante et des aménagements qui améliorent le confort du patient comme les tuyaux chauffants permettent de rendre le traitement beaucoup plus agréable qu’il y a quelques années encore.
Si malgré tous vos efforts, vous ne parvenez pas à supporter la PPC, il existe d’autres options thérapeutiques selon la cause et la gravité des symptômes, notamment les orthèses d’avancée mandibulaire, la thérapie positionnelle et les implants de stimulation des voies respiratoires supérieures.
Avant d’envisager tel ou tel traitement, il est bien entendu indispensable de consulter son médecin. Seul un médecin est à même de déterminer quels traitements sont adaptés à quel patient.
Les masques bucco-nasaux modernes au banc d’essai
En matière de ventilation en PPC, le choix du bon masque est décisif. Sans un masque adapté, il n’y a pas de sommeil réparateur. Nous avons testé pour vous les masques bucco-nasaux à surface de contact réduite les plus populaires.
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